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Le dit de la rebellion d'Angleterre et de Flandre

Bibliographie

Titre:Le dit de la rebellion d'Engleterre et de Flandres (ms., inc.); Le dit de la rébellion d'Angleterre et de Flandre
Date:1328
Dédicataire:Philippe VI de Valois, roi de France (1293-1350, r. 1328-1350)
Langue:Français
Genre: 
Forme:154 vers octosyllabiques, sauf les deux premiers, qui sont des décasyllabes
Contenu:Série de mises en garde et de conseils au roi de France afin de mettre l'Angleterre en échec et de soumettre la Flandre.
Incipit:Par la grant fraude et barat qu'il firent,
si qu'ilz la grant Bretaigne pourprirent,
dont encor ont entention;
mais nului fait bien mention
que de Bruch encore vendra...
Explicit:... car qui autrement le fera
puis que durera n'i sera,
mais passera chascun son temps
en celes noises et contans.
Explicit.
Manuscrits
  1. Paris, Bibliothèque nationale de France, français, 24432, f. 137rb-138va [⇛ Description]
Éditions modernes
  • Nouveau recueil de contes, dits, fabliaux et autres pièces inédites des XIIIe, XIVe et XVe siècles, pour faire suite aux collections de Legrand d'Aussy, Barbazan et Méon, mis au jour pour la première fois par Achille Jubinal d'après les mss. de la Bibliothèque du Roi, Paris, Pannier, 1839-1842, 2 t., vii + 387, vii + 444 p. (ici t. 1, p. 73-78) [GB: t. 1, t. 2] [IA: t. 1, t. 2]
    Réimpression:
    • Genève, Slatkine, 1975
Traductions modernes
Études
  • Coville, Alfred, « Poèmes historiques de l'avènement de Philippe VI de Valois au traité de Calais (1328–1360) », Histoire littéraire de la France, Paris, Imprimerie nationale, t. 38, 1949, p. 259-333. (ici p. 263-268) [IA]
Répertoires bibliographiques
  • Långfors, Arthur, Les incipit des poèmes français antérieurs au XVIe siècle. Répertoire bibliographique établi à l'aide de notes de M. Paul Meyer, Paris, Champion, 1917, vii + 444 p. (ici p. 269-270) [IA]
    Dictionnaires: DEAF LångforsInc
    Comptes rendus: Henri Omont, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 78, 1917, p. 372-373. [Gall] [Pers] — C. Brunel, dans Journal des savants, 1919, p. 47. [Pers] [IA] — George L. Hamilton, dans Modern Language Notes, 34:6, 1919, p. 357-361. [Jstor] [GB] [IA] DOI: 10.2307/2915428 — L. Herbert Alexander, dans The Romanic Review, 11, 1920, p. 92-93. [GB] [Gall] [IA] [HT] — L. Foulet, dans Romania, 46, 1920, p. 458-459. [Pers] [GB] [Gall] [IA] [HT]
    Réimpression:
    • New York, Burt Franklin (Bibliography and Reference Series, 380. Essays in Literature and Criticism, 100), 1970

TEXTE

Par la grant fraude et barat qu'il firent,
si qu'ilz la grant Bretaigne pourprirent,
dont encor ont entention;
mais nului fait bien mention 4
que de Bruch encore vendra;
qui la grant Bretaigne tendra.
Et c'est bien droit avec raison,
car barat en toute saison 8
tous jours doit cunchier son mestre;
car d'eulz veult qu'ons nez ou à nestre
ne tiegne regne ou croce ou mitre,
puisqu'il ne le tient a bon titre 12
et contre son seignor rebelle.
Or oez chose non nouvele:
moult ont Englois pensé d'ouvrer
comment poïssent recouvrer 16
Normandie, Anjo et Gascoigne.
Maint fil y ont mis en quenoille,
mais ils ne l' porent desvuidier,
car deceu sont por cuidier 20
en la fallace d'accident
qui toute en eulz est evident.
Moult remaint de ce que fol pense,
car d'eux tout fait et tout despense. 24
Por ce n'ont peu gaaignier,
car I pense I autre a nier.
Richart, Henri et Edouart,
qui mie ne furent coart 28
ne de parece ainsque lente,
mistrent moult a ce lor entente,
n'a fin ne porent avenir.
Bien devroit de ce souvenir 32
au roy englois ore en vie.
Sages d'autrui fait se chastie:
se sages dont est, si s'avise
qu'il n'entrepregne fole emprise 36
de soy folement desrengier,
car tel se cuide revengier
il croit son domage et sa honte.
Gentilz roys et de Valois conte, 40
ne croi pas tout ce qu'on te die.
Partout a fraude et tricherie,
de biaus parler plusieurs eçoit;
souvent preudon en son cuer reçoit 44
tel qu'il le traïst et souplante:
la seraine doucement chante.
Li Anglois portent simple face
et prometent mais quir qui face. 48
Tiens toy dont, roy, en ta saisine,
ne por biau parler ne t'enclinne
a gent qui de cuer est doubliere.
Pense des fais ça en arriere 52
et que le monde pas n'amende.
Se li rois englois te demande
ce que tiens aquis en Gascoigne,
fais ton profit, fai ta vergoigne, 56
et ne veilles apeticier
ton droit, ne a toi alicier,
qui ne veille ton bien acroistre.
Tu pués bien savoir et congnoistre 60
que Englois onc François n'ama;
male dragié entr'eulz y a:
hui sont en pais, demain en guerre.
De tel matire est Engleterre, 64
por ce est il que la gent nee
ne puet avoir ferme pensee.
En I estat point ne sejorne
et tousjours a funge retourne 68
contre François meismement;
riens n'i vault, foy ne serement,
mais bien tenir ne les vaudroit.
Trestous ainsi le vous feront: 72
des pais, y aras tu souvent
qui ne tendront foy ne couvent,
car mal tailliees sont et cousues;
tele pais ne sont pas tenues 76
des Anglois, ou il n'a fiance.
Or sachiez dont, roys, sans doutance,
que tant comme Englois te sauront
prez d'eulz, que pais a toy n'auront 80
ne ne te donront convenant.
Por coy penses durement
Aquerir, ne ja ne le lesse;
de cause et raison as expresse, 84
qu'Englois ne facent leur devoir.
Fai leur tantost apercevoir
que Gascoigne est de toy tenue.
Soit, ce n'est pas descovenue, 88
et te fais seigneur droit clamer
de tout ce qui est deça mer.
Soit la mer borne et dessevrance
de l'Engleterre et de la France; 92
car nul qui atent que soit fait,
tu n'auras bonne pais de fait;
ne doit avoir succesion;
au lis n'avez li portion, 96
liepart, por ce qu'en avoutire
il prent sa sustance et matire.
Non fait aussi que le lyon
qui ne garde discretion 100
en son sexe corporelment
en parlant esperitelment.
Tel ne sont mie possesseur,
n'estre ne doivent successeur 104
en chose de la fleur de lis.
Estre puet que tu qui ce lis
pour roy demander ne porroies,
et je te prie que sus ce m'oies. 108
Quant le liepart a lyon cure,
en lieux a par deça demeure,
ou fait de generation.
La prent le lyepart nacion, 112
dont fault de ceulz que lyepart nesse,
que le lyon ou lyonesse
se mesface en parc ou en parde,
et par tel mesfait les resgarde, 116
que le lyepart ainsi compost
faire bien ne puet ne ne post ,
ne ne porra quant sa nature
vient d'aventreuse maisfaicture. 120
Engleterre les lyepars porte;
le lyon a Flandres raporte;
ces II en leurs seigneurs mespristrent,
quant les assaillirent et pristrent 124
leurs seigneurs sires des natures,
comme traîtres et parjures,
et les teinrent en prison.
En ce appert lor mesprison 128
et leur avoutire malvaise,
dont il ne fait pas qu'on se taise.
Ainsi d'Engleterre et de Flandres
avons nous veu les esclandres 132
contre leur seigneur primerain,
et puis contre le souverain
le roy de France le greigneur,
des regnes temporel seigneur, 136
et que vers li ont si mesfait,
ne droit estre acort jamais fait,
que par leur grant iniquité,
il ne soient desherité 140
de ce que est du lis tenu.
Se ce mot, roys, as detenu
que je r'ai dit en po de glose
et par ce, raison as et chose, 144
Angleterre de la se vengne,
que tel lyon et tel lyepart
plus ne traie de cele part:
deça seignorier ne viengne, 148
Flandres, ausint deça soit vostre,
que riens n'y aient li avoltre;
car qui autrement le fera
puis que durera n'i sera, 152
mais passera chascun son temps
en celes noises et contans.
Explicit. Notes:

v. 5: Bruch = Brutus, chef des Troyens, qui alla conquérir l'Angleterre? ou Robert Bruce, qui, après avoir été couronné roi d'Écosse, a battu Édouard II à Bannockburn et est mort en 1329 après avoir signé avec Édouard III un traité qui reconnaissait l'indépendance de l'Écosse?

v. 27: problablement Richard Coeur-de-Lion, qui combattit Philippe Auguste; Henri III, qui en voulant recouvrer la Normandie se fit battre par saint Louis à Taillebourg; et Édouard Ier Plantagenêt ou son fils Édouard II

Rédaction: Laurent Brun
Dernière mise à jour: 31 octobre 2014